
Vue de Guelph : La ferme familiale est-elle sur le point de disparaître ?
Elton John a déjà chanté : « J'aurais dû rester à la ferme / J'aurais dû écouter mon vieux. » On peut se demander : les jeunes restent-ils encore sur la ferme familiale ?
Le plus récent Recensement de l'agriculture canadienne (réalisé en 2016) dresse un portrait du paysage agricole canadien que nous connaissons bien :
- moins de fermes, mais plus grandes
- des fermes qui exigent toujours plus de capitaux pour fonctionner
- un profil d'exploitants vieillissant et encore majoritairement masculin (bien que la proportion d'exploitantes soit passée de 27,4 % en 2011 à 28,7 % en 2016)
- un mouvement à plus long terme dans les modes d'exploitation, passant des entreprises individuelles ou des sociétés de personnes aux sociétés par actions, bien que le pourcentage d'exploitations agricoles constituées en société ne soit encore que de 25,1 %.
Tout cela indique une crise imminente de la relève agricole, ou du moins un défi important pour les propriétaires d'exploitations agricoles d'aujourd'hui. Pour la toute première fois, le Recensement de 2016 a examiné l'état de la planification de la relève dans l'agriculture canadienne, et ce n'est pas bon. Seulement 5,7 % des entreprises individuelles et des sociétés de personnes ont un plan de relève écrit, comparativement à 16,3 % des sociétés familiales et non familiales.
Alors, qu'est-ce que cela signifie pour les groupes prêts à « prendre la relève de la ferme familiale » : la génération X, née entre 1965 et 1980; les milléniaux, nés entre 1981 et 1996; et même les jeunes de la génération Z, généralement décrits comme étant nés entre 1995 et 2010? Et, ceux d'entre nous qui fournissent des intrants et d'autres biens et services à ce secteur en évolution sont-ils prêts à s'adapter?
Une autre étude arrive à des conclusions différentes
En 2016, Agri Studies Inc. a mené une étude intitulée « Naviguer dans la dynamique décisionnelle des fermes multigénérationnelles ». Les résultats donnent un aperçu des défis auxquels est confronté l'avenir de l'agriculture canadienne, ainsi que de l'état d'esprit des exploitants d'aujourd'hui concernant la relève, le transfert de propriété et la collaboration dans un cadre multigénérationnel.
L'étude a révélé que plus de la moitié des exploitations commerciales au Canada sont effectivement multigénérationnelles, c'est-à-dire des fermes où deux générations ou plus travaillent ensemble. Les auteurs ont également identifié deux « générations » distinctes : une génération plus âgée, avec un âge moyen de 60 ans, et une génération plus jeune, avec un âge moyen de 33 ans.
Une nouvelle génération d'agriculteurs signifie de nouveaux ensembles de valeurs
D'une importance particulière pour les spécialistes du marketing agricole, voici les observations suivantes :
- Plus de jeunes retournent à la ferme familiale qu'ils n'en partent, et ce, pour la première fois depuis 1971. Cette jeune génération est également très recherchée, avec de solides opportunités dans l'industrie et le milieu universitaire, ainsi que la possibilité de revenir à l'exploitation agricole familiale.
- Avec cette tendance, il y a plus de conflits à la ferme entre les jeunes et les générations plus âgées que jamais auparavant. Les spécialistes du marketing agricole ont-ils un rôle à jouer ici?
- En termes de valeurs concernant le prix des intrants, la jeune génération a tendance à valoriser le prix concurrentiel, tandis que la génération plus âgée valorise le prix constant. La génération plus âgée est également plus susceptible de valoriser le service, la relation et l'achat local.
- En ce qui concerne l'équipement et les achats de capital, le meilleur prix semble être plus important pour la jeune génération, tandis que la génération plus âgée pense davantage à la meilleure valeur. La jeune génération est beaucoup plus susceptible de penser à l'équipement de bonne taille et à l'achat de neuf.
- La technologie est la seule catégorie d'achat où la décision principale était plus susceptible d'être prise par la jeune génération.
- La planification de la relève, lorsqu'elle est pleinement mise en œuvre dans une exploitation agricole, prend environ huit ans à prendre effet. Dans cette étude, 53 % des répondants déclarent avoir un plan de relève écrit en place, les exploitations très grandes (80 %) étant à un niveau significativement plus élevé que les petites fermes (35 %). Ces chiffres sont beaucoup plus positifs que ceux rapportés par le Recensement. L'étude identifie 79 % des fermes comme étant « en transition ».
En tant que spécialistes du marketing agricole, il est essentiel d'être conscient de ces tendances et de penser à de nouvelles façons créatives de servir le marché agricole en évolution et en transition. L'avenir de l'agriculture canadienne semble être entre de bonnes mains, mais les anciennes façons de penser et de faire des affaires ne serviront probablement pas bien la prochaine génération. Sommes-nous également prêts à évoluer, à faire la transition et à suivre le rythme?