
Des forces convergentes alimentent une vague de reformulation dans le secteur alimentaire et des boissons.
L'avenir est à portée de la main. Il suffit de savoir où regarder et d'y porter attention. En 2026, notre tendance « Semer le doute » n'est plus une prédiction ; elle représente la réalité pour tous les intervenants du secteur agroalimentaire. (Vous trouverez plus d'informations à ce sujet dans notre rapport Nourish Trend Report 2026. ) De multiples forces convergent – réglementation, technologie, militantisme, BPL-1 et même le contenu des emballages – et ensemble, elles préparent la plus grande vague de reformulation que ce secteur ait connue depuis une génération.
Des étiquettes FOP aux règles publicitaires destinées aux enfants, la pression réglementaire s'accentue
L’étiquetage nutritionnel devant les emballages au Canada (et des mesures similaires qui devraient suivre aux États-Unis) a déjà incité les fabricants à reformuler discrètement leurs produits afin d’éviter les symboles d’avertissement concernant le sucre, le sodium et les gras saturés (aliments riches en gras, en sodium et en sel). Ces mêmes seuils nutritionnels influencent maintenant la manière dont les marques alimentaires ciblent les enfants dans leurs publicités.
Le Royaume-Uni est allé plus loin, transformant en loi stricte ce que l'Amérique du Nord considère encore comme une « réglementation volontaire » ou une « autorégulation ». Depuis janvier, une interdiction nationale historique restreint la publicité des aliments riches en gras, en sel et en sucre (HFSS) avant 21 h à la télévision et en ligne, à toute heure. Les produits sont évalués grâce à un modèle de profilage nutritionnel capable de détecter non seulement les produits manifestement transformés, mais aussi certaines céréales de petit-déjeuner, pains sucrés, plats préparés et sandwichs. La réglementation autorise toujours la promotion de versions plus saines, le gouvernement espérant explicitement qu'elles « stimuleront la reformulation et l'innovation », signe clair que la politique est utilisée comme un levier pour modifier les formulations, et non seulement les stratégies publicitaires.
La reformulation ne se limite plus à proposer des « options plus saines » ; elle devient le prix à payer pour communiquer avec la prochaine génération de consommateurs.
MAHA, GLP-1 et nouvelles recommandations alimentaires politisent les « aliments hautement transformés »
Dans le même temps, le débat sur les aliments ultra-transformés a quitté les milieux universitaires pour s'inviter dans le débat politique et médiatique grand public. Les recommandations nutritionnelles de nombreux pays, y compris les États-Unis, commencent également à pointer du doigt les aliments ultra-transformés ou « hautement transformés » comme une catégorie préoccupante, au-delà de la simple analyse des ingrédients individuels.
Avec l'essor des agonistes du GLP-1, les consommateurs sont incités – par les médecins, les applications et les médias sociaux – à surveiller à la fois les calories et les signaux de digestion. Les utilisateurs de GLP-1 se demandent : « Est-ce que ça vaut la peine de sacrifier mon appétit limité ? » et soudain, la liste des ingrédients et le degré de transformation deviennent des indicateurs de « gaspillage » ou de « rapport qualité-prix » pour chaque bouchée.
C'est précisément ce qu'on entendait par « Semer les graines du doute » : les consommateurs ne doutent plus seulement du sucre ou des matières grasses ; ils doutent de tout le système qui leur a affirmé pendant des décennies que les produits transformés, enrichis et allégés en matières grasses étaient « meilleurs pour la santé ».
L'« effet Yuka » : les applications grand public comme facteurs de rupture en matière de R et D
Mais la transparence ne vient pas seulement des gouvernements. Elle est littéralement entre les mains du consommateur.
L' application Yuka, qui permet d'évaluer les produits alimentaires et cosmétiques, compte maintenant plus de 80 millions d'utilisateurs dans 12 pays, soit un adulte sur trois en France et entre 22 et 25 millions d'utilisateurs aux États-Unis. Elle a enregistré plus de 8,3 milliards de scans de produits. Pour les produits alimentaires, son score de 0 à 100 combine la qualité nutritionnelle (60 %, basé sur le Nutri-Score), les additifs (30 %, les additifs à risque plafonnant le score) et le statut biologique (10 %). Elle propose ensuite un système de notation simple par code couleur (vert, orange, rouge) ainsi que des suggestions d'alternatives plus intéressantes.
Plus important encore, l'application intègre une fonction de signalement permettant aux utilisateurs d'interpeller directement les marques ayant obtenu de mauvaises notes, transformant ainsi des millions de consommateurs en un véritable réseau de R et D décentralisé. L'impact est concret : le distributeur français Intermarché a reformulé plus de 900 produits et supprimé 142 additifs suite aux évaluations Yuka, et on estime que 78 % des fabricants français tiennent désormais compte des évaluations Yuka dans leurs décisions de développement et de reformulation de produits. Les données de Yuka montrent que 94 % des utilisateurs ont remis en rayon les produits ayant reçu une cote rouge, et 92 % affirment avoir réduit leurs achats d'aliments ultra-transformés depuis qu'ils utilisent l'application.
Autrement dit, ce ne sont pas seulement les gouvernements qui sèment le doute sur certains aliments ; c'est une question de réglementation. La conformité légale ne suffit plus lorsqu’un système de notation parallèle et indépendant peut instantanément qualifier votre produit de « médiocre » voire de « mauvais » en rayon, et proposer le produit d’un concurrent comme solution.
La campagne « Faites confiance aux produits transformés » d'Oatly redéfinit le discours, et pas seulement la recette.
Dans ce contexte, la plupart des grandes marques sont restées silencieuses sur le débat entourant les aliments ultra-transformés, craignant d'être associées à l'idée que la protection solaire est mauvaise pour la santé. Oatly a fait le choix inverse, et il est intéressant de suivre cette évolution.

Sur leurs emballages, ils invitent explicitement les consommateurs à « faire confiance aux produits transformés » et utilisent cet espace pour expliquer comment la transformation peut améliorer la sécurité alimentaire, réduire le gaspillage, accroître l'accessibilité financière et préserver les nutriments. Oatly cherche à redéfinir les critères d'évaluation des consommateurs : la performance nutritionnelle et environnementale globale, et non l'idée reçue selon laquelle les aliments ultra-transformés sont mauvais. C'est un rare exemple d'une grande marque de produits de grande consommation utilisant son emballage comme une véritable leçon de science sur la transformation des aliments, et cela pourrait préfigurer la manière dont les marques devront se positionner lorsque le terme « transformé » deviendra aussi controversé que l'était celui d'« OGM » il y a dix ans.
Ce que signifie cette convergence : des ajustements discrets aux compromis visibles
Avec le recul, la tendance est claire. Les fabricants peuvent soit s'accrocher à leurs anciennes méthodes, soit prendre l'initiative de la reformulation. Les marques qui survivront après 2026 ne seront pas seulement celles qui afficheront les étiquettes les plus transparentes ; ce seront celles qui regagneront la confiance des consommateurs grâce à une transparence radicale, que ce soit en simplifiant la liste des ingrédients ou en expliquant honnêtement leurs procédés de fabrication.
Dans un monde où le doute est devenu la norme, la simple reformulation ne suffira pas. Les marques qui prospéreront seront celles qui inspireront confiance non seulement parce qu'elles offrent « moins » d'un produit, mais aussi, et surtout, parce qu'elles diront la vérité sur la fabrication des aliments.